« Outrun the Darkness » : courir tout en se rétablissant
En mai 2026, John Shep, principal ambassadeur d’Athletics Ontario Running et animateur de l’Athletics Ontario Running Podcast, s’engagera dans une aventure qui ne se mesurera pas seulement en kilomètres. Dans le cadre de son balado « Outrun the Darkness », il parcourra 142,2 kilomètres en deux jours : en effet, il participera à la course sur sentier Sulphur Springs 100K à Ancaster le samedi 23 mai, puis au Marathon international d’Ottawa Tamarack Homes le dimanche 24 mai.
Il s’agit d’un défi qui va au-delà de l’endurance. Les deux courses auxquelles participera John, accompagné par ses amis coureurs Marvin Mendoza et Bernard Abarquez, marquent le 19e anniversaire d’un moment qui a changé sa vie à jamais. Il a décidé de relever ce défi non seulement pour repousser ses limites physiques, mais pour honorer un long cheminement de rétablissement, de résilience et de reconstruction.
En mai 2007, John travaillait à l’Expo de la Fin de semaine des courses Tamarack d’Ottawa. Il souffrait alors d’un trouble alimentaire et pesait à peine 135 lb pour une taille de 6 pi 1 po. Pendant le weekend, il s’est évanoui. En tombant, il s’est cogné la tête et a subi une commotion. La journée du lendemain est totalement floue dans sa mémoire. On l’a renvoyé chez lui, puis il a été admis dans une unité de soins de santé mentale pendant deux semaines. Rien n’a été résolu pendant cette courte période, mais elle a marqué le début d’un cheminement remarquable : la décision d’aller de l’avant, même si le parcours n’est pas parfait.
Son rétablissement ne s’est pas fait du jour au lendemain. Il a fallu beaucoup de temps, des petits pas et des moments difficiles empreints d’incertitude pour y arriver. Le mot clé était la persévérance. Dix ans plus tard, en 2017, John est revenu à Ottawa pour participer au Marathon. En franchissant la ligne d’arrivée, il s’est rendu compte de toute la distance qu’il avait réellement parcourue depuis l’incident. Son parcours n’était pas terminé, mais il avait fait un bon bout de chemin.
Depuis, la course joue un tout autre rôle dans sa vie. En effet, il est passé de la route aux sentiers, où il peut courir sur de plus longues distances et profiter d’un environnement plus calme. La course Sulphur Springs Trail Race est devenu un impératif : il y participe chaque année. Chaque édition avait sa propre signification, mais constituait un pas de plus vers son but ultime : le retour à Ottawa.
Son idée est devenue une réalité : courir 100 kilomètres sur des sentiers, puis voyager de Hamilton à Ottawa pour participer au marathon le lendemain. Ce n’est pas une simple question d’endurance. Il s’agit de revenir à un endroit qui lui rappelle de mauvais souvenirs et d’y en créer de nouveaux, qui sont empreints de force, de solidarité et de détermination.
« Je reviens au Marathon d’Ottawa après avoir passé les 19 dernières années à me soigner et à profiter de tout ce que la vie a à offrir : l’amitié, la perte, l’amour… bref toute la gamme de sentiments », explique John. « La course et la communauté de coureurs n’ont pas simplement sauvé ma vie, elles m’ont donné des dizaines de raisons de vivre. Ma présence à Ottawa sera une célébration de 19 années de réhabilitation. »
La course est une partie intégrante de la guérison de John, tout comme les membres de la communauté de coureurs. Les amitiés liées grâce à la course, les encouragements par des personnes qui comprennent les efforts que la course implique et l’expérience commune vécue avec elles ont façonné son cheminement.
« Outrun the Darkness » est un balado à la fois profondément personnel et axé sur les autres. Il permet de raconter une histoire parfois difficile à partager, et offre un espace aux autres pour exprimer leurs propres expériences. Grâce à cette initiative, John veut sensibiliser la population à la santé mentale, tout en soutenant un projet de documentaire et les services offerts aux jeunes en matière de santé mentale.
Lorsqu’on lui demande de nous parler du lien entre la communauté et la course, Bernard Abarquez, qui accompagnera John dans son aventure en mai prochain, précise :
« Je fais preuve de soutien, d’encouragement et d’inspiration. Et la communauté reflète ces valeurs et me les renvoie. C’est une voie à deux sens. Plutôt que de voir le sport dans une optique compétitive, j’ai adopté une perspective de réalisation : inspirer les autres à dépasser leurs limites grâce à la course. J’adore courir, mais cette passion ne concerne pas nécessairement l’acte de courir en soi. Courir, ce n’est qu’un mouvement. Ce que j’aime, c’est la possibilité de nouer des liens avec les autres. Vivre des moments ensemble crée une belle énergie entre les gens. La solitude qui peut parfois exister même lorsque nous sommes entourés de gens s’envole comme par magie. Lorsqu’on court avec d’autres, on ne sent pas la pression de performer sur le plan social. Nous pouvons tout simplement courir et nous sentir quand même liés aux gens autour de nous. Et à la fin de la course, l’énergie est à son comble, non seulement grâce aux kilomètres parcourus, mais aussi à l’expérience commune. Courir crée un espace où l’on peut connecter avec les gens sans devoir parler beaucoup. »
Et John ajoute, en parlant de son défi :
« Mon balado sera une expérience commune pour les coureurs qui aident d’autres coureurs à trouver la lumière. Et elle n’est pas au bout du tunnel comme on l’entend souvent, mais dans chacun de nous. »
Alors que la Fin de semaine des courses Tamarack d’Ottawa approche à grands pas, les efforts de John permettront d’unir deux événements, deux villes et presque deux décennies d’expérience vécue. Chaque étape comportera plus que des kilomètres. Elle portera le poids des épreuves que John a endurées et la force qu’il a déployée pour continuer d’avancer.

