Courir pour Émilie

Émilie Mondor avait des caractéristiques que partagent beaucoup d’athlètes d’élite. Confiante en elle-même, intense, implacable dans la poursuite de la victoire.

Cette concentration et ce talent l’ont menée à de nombreux succès, y compris celui d’être la première Canadienne à courir un 5K en moins de 15 minutes, et à se mériter une place sur l’Équipe Canada aux Jeux olympiques de 2004, où elle a terminé en 17e place au 5000 mètres.

Pour ceux qui l’ont connue, sa mort à l’âge de 25 ans est rendue encore plus tragique parce qu’ils savent quelles hauteurs elle aurait pu atteindre en athlétisme.

L’esprit d’Émilie Mondor est revit chaque année à travers le Canada – de sa ville natale de Mascouche (Québec), où on court la Classique Émilie Monder en octobre, à son alma mater, l’Université Simon Fraser, qui tient chaque printemps le Emilie Mondor Invitational Track Meet.

Et, à Ottawa, où elle vivait quand elle fut tuée dans un accident de voiture en 2006, son nom continue de vivre sous la forme d’Émilie’s Run, une course annuelle de 5K pour femmes.

La course, appelée à l’origine RunnersWeb 5K for Women Only, a été commencée en 2005 par l’entraîneur de course local, Ken Parker, comme une course où les femmes pouvaient compétitioner, gagner et établir des chronos gagnants.

« En ce temps-là, il n’y avait pas beaucoup de courses qui visaient particulièrement les femmes, » explique-t-il. « Les femmes participaient aux courses de plus en plus, mais même les compétiteurs d’élite finissaient derrière les hommes. »

C’est quand M. Parker s’occupait du recrutement d’athlètes d’élite pour la course qu’il a croisé le chemin d’Émilie Mondor, à une conférence de presse de la Fin de semaine des courses d’Ottawa de 2006.

« Je lui ai parlé de la course et du raisonnement qui était derrière, et elle m’a interrompu pur me dire qu’elle la ferait », dit-il. « Elle était une vigoureuse avocate de la forme physique chez les femmes et voulait faire participer plus de femmes à la course. »

Le mois suivant, le jour de la course, Parker remarqua Mondor qui boitait près de la ligne de départ. C’était une blessure au tendon d’Achille. Elle ne voulait pas abandonner Parker et elle était prête à courir malgré la douleur ; mais il refusé carrément qu’elle le fasse. Alors elle a accepté de ne pas courir ce jour-là et promis de courir l’année suivante.

Peu de temps après la course, Émilie a demandé à son tour à Parker : si elle déménageait à Ottawa, est-ce qu’il l’aiderait à s’entraîner pour compétitioner dans le marathon ? Elle avait songé à passer de la piste à la route et sa correspondance avec Parker l’avait convaincue qu’il était l’entraîneur qu’il lui fallait pour le faire.

Peu de temps après, elle déménagea à Gatineau et commença à s’entraîner avec Parker.

« Nous avions une boucle d’un mille au parc Rockcliffe où nous allions beaucoup », se souvient Parker. « Elle courait son mille en moins de 5:30, puis courait à reculons pour encourager les autres coureurs. »

Émilie commença à faire des plans pour courir des distances plus longues. Elle s’inscrivit, pour faire ses débuts au marathon, au marathon de New-York de 2006 dans le camp des élites, même si elle n’avait pas même couru de demi-marathon à ce point-là.

« Elle voulait se débarrasser de chaque once que son corps pouvait donner », dit Parker. « Elle avait cette confiance en elle, qui faisait que, même si elle n’allait pas être la meilleure coureuse de la course, elle n’allait pas se laisser battre facilement. »

Et puis, le 9 septembre 2006, après avoir complété une course d’entraînement de 2 heures avec Parker, elle partit en voiture vers Mascouche pour une retrouvaille d’école secondaire. En chemin, elle perdit contrôle de sa voiture et capota. Elle fut amenée en ambulance à l’hôpital Civic d’Ottawa où elle mourut sans reprendre conscience.

« Quand la nouvelle commença à filtrer en ligne, je ne pouvais pas le croire », dit Parker. « La voir et m’entraîner avec elle à peine quelques heures avant, ce fut difficile à prendre, et ce l’est encore. »

Émilie Mondor fut honorée au Marathon de New-York de 2006, où plusieurs coureurs portèrent un ruban noir à sa mémoire, et l’été suivant, Parker rebaptisa le RunnersWeb 5K for Women et lui donna le nom d’Émilie’s Run.

Tout comme à ses débuts, il y a 10 ans, Émilie’s Run continue à attirer les coureuses d’élite, comme Mary Davies, de la Nouvelle-Zélande, et Lucy Njeri Macharia, du Kenya. La Canadienne Rachel Hannah est l’actuelle reine de la course, qu’elle remporta à deux reprises, en établissant aussi le record du parcours, de 15:57.5 en 2014.

À partir de 2016, Courez Ottawa contribuera à l’organisation de la course et, quant à Ken Parker, il se dit confiant que la course continuera à porter la mémoire d’Émilie vers le futur.

« Je suis heureux de savoir que la course va continuer après moi à conserver l’esprit d’Émilie dans nos mémoires », conclut-il.

 

Pour un complément d’information sur l’événement et pour s’inscrire, visitez la page de la course.